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Carrascosa del campo - Prats de Sournia


 

Cette demie-journée de repos à l’hôtel m’a fait beaucoup de bien et je reprends la route motivée, sous le ciel bleu, et donc le soleil. Les températures sont toujours bien fraîches, quelques degrés au-dessus de zéro seulement mais au moins la lumière est là, et le vent du nord qui me scotchait hier au macadam est aujourd'hui moins fort. À Villalba del Rey, alors que je demande de l’eau à Marcella, la conversation s’engage. Elle est immigrée chilienne. Je finis par lui demander ce qu’elle pense de Pedro Sanchez, leur premier ministre actuel. Selon elle, il est bien pour sa position par rapport à Trump et au reste de l’Europe dans le conflit avec l’Iran, mais pour le reste, non, il ne devrait pas laisser entrer tous ces étrangers. La nature humaine m'étonnera toujours. 

- Mais, tu es toi-même immigrée.

- C’est pas pareil. Les Africains, les noirs.

- Ah !

 

Je n’ai pas voulu rentrer dans une discussion mais je regrette encore, histoire de lui rappeler que ces gens fuient la guerre et la misère comme elle a fuit Pinochet, j’ai coupé et je suis partie, non sans qu’elle m’ait claqué une bise sur les deux joues la Marcella bien raciste. Ce jour-là, la fin d’étape est difficile, je fais les pleins d’eau au pied d’une belle montée et vais installer mon bivouac dans la grande et belle forêt à 1100 mètres d’altitude. Comme souvent dans la soirée ou la nuit, je me fais gueuler dessus par des brocards pas contents de me voir squatter leur terrain et chasse quelques sangliers.

 

Le lendemain, un dimanche, tout est mort à Villanueva de Alcoron mais le centre d’interprétation du parc national du Alto Tajo est ouvert à Zaorejas. Alors j’entre. Il n’y a pas beaucoup d’informations à part un truc sur le cycle de l’eau, mais la jeune hôtesse, en discutant, m’indique une route plus jolie, plus courte et moins difficile que celle que j'ai prévue pour aller à Molina de Aragon, à condition de faire 4 km de piste carrossable. Ok, c’est parti, et après avoir passé l’eau verte du Taje, je remonte le rio Gallo par des gorges effectivement magnifiques. À Molina, qui n’est pas en Aragon mais toujours dans la Mancha, le vieux pont romain et la citadelle attirent les touristes. Pour ma part, je vois surtout le ciel qui se charge, et une route sans arbre ni forêt pour un moment. Alors j’avance, les nuages noirs me talonnent, juste là dans le rétroviseur, et je finis par arriver au petit bois convoité de quelques ares. Ce sera suffisant à m’abriter des regards et du vent. Je termine tout juste mon installation et ma douche que l’orage éclate avec de beaux impacts de foudre pas assez loin de moi à mon goût… Ça a duré deux heures, puis les couleurs ont été intenses, la végétation a lui, les contrastes ont été forts avec le soleil revenu, tout a séché, comme si rien ne s’était passé. 

 

Daroca, je rentre dans la ville par une belle porte et en ressors par une autre, la ville se tient intra muros et était protégée encore par des fortifications sur la colline. C’est joli et la population est avenante. Le ciel n’est pas franc encore dans l’après-midi et je ne traîne pas pour m’installer et me doucher. Mais il ne fera finalement rien d’autre que du vent. J’avance bien et les grosses chaleurs annoncées vont normalement me tomber dessus à partir du lendemain.

 

Effectivement, je pars directement en t-shirt le matin suivant. Un arrêt à Belchite s’impose pour voir d’un peu plus près les ruines de l’ancien village, impressionnantes par leurs dimensions, lamentables par leur non mise en valeur. En fait toute la superficie, et c’est grand, est ceinturée d’un grillage, et tout est dans la friche, alors qu’il y aurait réellement quelque chose à faire… Sûrement des histoires de sous ! Entre Belchite et Quinto, les paysages sont différents, et particuliers. Des plateaux comme des tables dans le paysage, avec au pied des cultures diverses parfois irriguées comme des golfs, des bâtiments aux toitures effondrées et des couches minérales colorées. Ça fait un peu far-west, j’ignore pourquoi. J’ai trouvé tout ça assez esthétique. Pour rejoindre la nationale depuis Gelsa, 12 km, j’en ai bavé. Je ne sais pas, la route secouait, le vent n’aidait pas et les jambes ne tournaient pas bien. Et puis quand je suis enfin arrivée à la nationale, j’ai été surprise par la densité du trafic de poids-lourds. Il y a l’autoroute en parallèle, je pensais être plus tranquille. Heureusement l’accotement est très large et les chauffeurs toujours très précautionneux. Un certain nombre de chauffeurs routiers en sens inverse me font des appels et signes de la main, ou pouce en l’air ! Mais il est compliqué, dans ces plaines sans arbre ni bosquet, écrasées de chaleur, de dégoter un endroit pour s’arrêter. Il me faut de l’ombre, à minima, et si en plus il y a de la fraîcheur c’est mieux. J’avais repéré une petite pinède, et malgré l’autorisation du proprio croisé par hasard, il n’a pas été possible de trouver 5 m2 adéquats, alors j’ai poursuivi… et tu fais des bornes, t’es claquée mais t’as pas le choix, y’a rien. J’ai fini par trouver un abri pour observation ornithologique au bord d’un étang à l’entrée de Candasnos, doté d’une table et d’un banc, abri dans lequel j’ai monté ma tente (pour avoir la moustiquaire à cause des suceurs de sang et autres insectes dont je suis assez peu fan). J’y serai bien, même si le vacarme incroyable de toute la faune aquatique ou non, m’ont obligée à enfoncer bien les boules Quiès. Quant à la nationale et à l’autoroute, elles passent trop loin pour me gêner. 

 

Le jour suivant, lors d’un arrêt épicerie dans un minuscule patelin, je tape la discute un moment avec le vendeur qui finit par relever son pantalon et montrer sa prothèse de jambe, suite à un accident de montagne. Je n’aurais pas décelé en le voyant se déplacer… À Binéfar, je m’arrête au Lidl, aux sanitaires. Je m’y change, y fais ma vraie petite lessive dans le lavabo équipé d’un bouchon, y recharge mon téléphone, y remplis mes bidons, y complète ma réserve de PQ. Bref, les sanitaires des supermarchés ou des stations-services sont d’une utilité sans pareille pour le voyageur itinérant. Juste à côté du Lidl, il y a un garage pour machines agricoles, j’ai 2 vis et 2 écrous qui maintiennent normalement mes espèces de cale-pieds qui se sont barrés. Johnson, originaire de Gambie et s’exprimant en anglais se fait un plaisir de me filer de quoi remplacer les colliers provisoires. Je m’arrête un peu avant Alfarras, sous les pins et hors d’atteinte du bruit de la route. Il y a un superbe canal qui méandre dans le secteur, passant tantôt sous, tantôt sur la route. Et je suis à quelques centaines de mètres de la frontière entre l’Aragon et la Catalogne. J’avance j’avance, l’Aragon a été vite traversé !

 

Tous les matins, tous les soirs, les gestes sont parfaitement identiques de jour en jour. Toutes les opérations sont faites dans le même ordre, c’est une routine incroyable. Et les choses sont rangées toujours de la même manière dans les sacoches. Un peu après Alfarras, à Castello de Farfanya, je prends une minuscule route droit vers le nord, je passe à Os de Balaguer, joli village, puis à Tartareu. Tous ces endroits sont minuscules, un peu perdus dans les collines, c’est un peu la paix retrouvée après ces kilomètres moins bucoliques. Puis j’ai rejoint une plus grande route, dommage car il n’y a plus d’arbres. Et juste après Fontdepou, sous un cagnard infâme sur le macadam bien noir de la 3 voies surchauffée et dans les 7 à 10 % d’inclinaison, je finis par atteindre le col d’Ager, non sans soulagement et un peu rincée. Plus loin, redescendue dans le fond de la vallée, je me pose un moment sur une aire de repos ombragée avec fontaines dans les superbes et très étroites gorges “Noguera Pallaresa”. Les falaises de chaque côté sont hautes, verticales, quelques rapaces planent et pendant que je casse la croûte sur mon banc, je prends soudain conscience qu’un serpent est en train de me passer entre les deux pieds. Ouch ! Ça surprend ! Je ne bouge pas. La tête, où est la tête de la bête ? Ouf, ronde, yeux ronds, couleuvre… Une fois sortie de ces gorges, je débouche le long d’un grand lac de barrage avec tout au fond, les sommets enneigés des Pyrénées. Les voilà enfin… Je ne m’attarde pas à Tremp, il fait trop chaud, je n’aspire qu’à trouver du frais. J’y fais quelques courses en vitesse, les pleins d’eau à une fontaine et me pose juste à la sortie de la ville mais loin dans la pinède. Beaucoup de vttistes passent, tous français, sans me voir bien sûr. À 17 h 45, j’ai l’impression qu’il est 14 h tant le soleil est toujours haut et chaud. 

 

Et à partir de là, je vais retrouver de belles grosses étapes de montagne. Les températures annoncées dans les villes de fond de vallée où je passerai tournent autour de 30/32 degrés, je vais encore laisser du sel et de la sueur dans le maillot ! 

 

Isona, je pique vers Boixols et Coll de Nargo. Entre chaque ville il y a au moins un gros col à passer mais les vrais paysages de montagne sont un plaisir sans nom, les cloches des vaches, l’odeur des foins, et les Pyrénées repeintes encore dernièrement. Petites routes sans circulation, bref, une certaine idée du bonheur pour le cycliste aimant les montées. Coll de Nargo, Alanya, Cambrils, Sant Llorenç de Morunys, Berga, la Pobla de Lillet, Ripoll, je me dirige droit vers l’Est. Étant donné la courtoisie et la patience toujours exemplaires des conducteurs, le but est clairement de rester sur les routes espagnoles le plus longtemps possible. 

 

Lors de ma longue marche dans les Pyrénées en 2021-2022, j'étais descendue vers le sud très proche de cette route que je prends maintenant, j’avais arpenté la crête de la sierra de Cadi Moixero. 

 

Après Ripoll, j’entame le dernier gros col espagnol, le col d’Ares. À son sommet, je passerai la frontière et serai donc en France. La chaleur est toujours forte et il est compliqué de pédaler l’après-midi, j’ai les jambes coupées. Il fait meilleur en altitude, à condition d’avoir pu y monter. J’essaie de découper mes étapes afin de dormir en hauteur, ce n' est malheureusement pas toujours possible et alors je me liquéfie sans bouger et tout colle, la peau, le t-shirt, le drap sac. Je ferme rarement la toile extérieure de ma tente, laisse l’abside grande ouverte, me contentant de la moustiquaire pour les bestioles. Dans la nuit, ça descend vers 15 degrés et ça fait du bien.

 

Après le col d’Ares, donc côté français, la vue se découvre de belle manière sur le massif du Canigou tout proche. À Prats de Mollo la Preste, premier village français, pour la 1ère fois depuis le début de ce voyage, alors que je n’ai pas trouvé de fontaine et que je le dis, on me refuse de l’eau dans un bar désert, et on m’envoie à une fontaine, à l’autre bout de la ville. Bienvenue en France, mon pays me fait honte, je regrette déjà les souriants Espagnols. Une fois, en Andalousie, un serveur de bar m’avait même filé des chocolats alors que je lui demandais si je lui devais quelque chose pour l’utilisation des toilettes vu que je n’avais rien consommé. De plus, je trouve bien assez lourds et machos les quelques Catalans avec lesquels j’échange quelques mots. Ils affichent leur appartenance à cette région de manière indécente, blason peint sur les pavés dans les villages, drapeaux partout, affiches ou indications seulement rédigées en catalan, et quelques propos de bas-étage… Je descends ce soir-là toute la magnifique haute vallée (et gorges) du Tech sans trouver sur 30 km un coin de bivouac qui me convienne. Portails cadenassés, ruches, panneaux de propriété privée, broussailles, végétation compliquée, trop près de l’eau, vue de la route, c’est un peu la dèche et j’arrive finalement à Amélie les Bains après déjà 115 bornes sans savoir où je vais pouvoir m’installer. Mais ce sera dehors, pour la fraîcheur de la nuit. 

 

J’entame alors de nouveau une montée et finis par trouver un coin, trop près de la route peu passante mais pas vue, à l’ombre, au plat. Je suis rincée mais ma foi, j’ai avancé et ce sera toujours ça de moins à faire le lendemain. 

 

Le lendemain justement, m’est arrivé un drôle de truc : j’avais rentré “Bois d’amont” dans la destination sur mon appli de carto, parce qu’il s’agit maintenant de tirer un cap droit sur mon patelin, j’ai 5 ou 6 jours pour rentrer, et le correcteur automatique a dû mettre les choses à sa sauce, je me suis retrouvée à Boule d’amont, dans la vallée du Boulés (pour preuve il y a une photo dans la galerie). Je n’ai pas reconnu mon clocher. Je n'ai pas eu d’autre choix que celui de continuer à descendre et en bas, je me suis retrouvée dans un état, bouhhh, une vraie boule de nerfs. Euh, ah non, non, à Bouleternere, j’ai encore mal lu ! Bon, blague à part, tout ce haut Vallespir, ses paysages et villages furent un enchantement, la petite route était très agréable, de la forêt partout, fraîcheur, pentes modérées, villages croquignolets bien paumés et le massif du Canigou avec le fort contraste de la neige et la roche sur fond de pur ciel bleu.

 

Fond de vallée du Têt. Après 6 km de nationale vent en poupe pour rejoindre Vinça, j’ai mis le clignotant à droite, laissé le lac à ma droite aussi et repassé le petit plateau sur la toute petite route très belle, direction Tarerach. Mais où vais-je donc ? Si j'avais voulu aller à Perpignan, j’aurais continué tout droit le long du Tech à Amélie, par Céret, je n’avais qu’à me laisser glisser. 

 

Non, je ne rentre pas chez moi à vélo, mais je fais un crochet dans le Fenouillèdes, que je connais bien pour en avoir sillonné quasiment toutes les routes et traversé tous les villages à vélo lors de ces années passées. Je vais jusqu’à Prats de Sournia, chez des amis. Tarerach, col des Auzines après 10 km de montée, descente de 5 km jusqu’au pont, remontée de 6 km jusqu’à la Croix de fer. J’approche du but, un peu de plat descendant et me voici enfin dans le village convoité ! Pour monter chez mes amis qui habitent la maison tout en haut du village en escaliers, la pente est si raide et la chaleur si forte que je n’essaie même pas de rester sur le vélo. Je termine à pied, 200 mètres. Le rosier vers le cabanon en pierre est en fleur, je me colle les narines dans une rose pendant 2 minutes. Je suis arrivée ! La douche est un luxe. Mon maillot est blanc de sel, raide comme du carton, mon short aussi.

 

Je ne descendrai pas à Perpignan à vélo, ma boucle n’est pas tout à fait fermée, et alors ? Thérèse me posera à la gare, je ferai escale à Avignon puis Valence au fameux vélo gîte chez Bruno et Marianne, et puis je reprendrai le train le lendemain jusqu’à Genève avant de me remettre en selle pour 22 km et reprendre un train de Nyon à la Cure. Il me restera alors 10 km pour arriver chez moi, avec à priori une bise bien marquée pleine face ! En chargeant le vélo dans l’auto, Thierry a remarqué que mes pignons ont tous beaucoup de jeu, ce qui expliquerait peut-être les cliquetis et autres qui sont de pire en pire. Il me reste à espérer que ça tienne encore 37 km max avant que je ne puisse démonter tout ça chez moi avec les outils adaptés.

 

J’ai trouvé l’Espagne très, très confortable pour y faire du vélo. Les seuls coups de klaxon que j’ai eus étaient amicaux, j’en arrivais à oublier totalement les voitures et camions. Parfois perdue dans mes rêveries ou réflexions, c’est seulement bien après coup que je réagissais qu’un véhicule m’avait dépassée. Et ça, c’est du vrai bonheur. J’ai trouvé un réseau de petites routes en général bien entretenues. J’ai traversé un certain nombre de réserves, de parcs régionaux, nationaux qui apportent calme et sérénité. J’ai été surprise par le caractère très montagneux de tout l’itinéraire effectué menant aux portes d’Algésiras, je n’ai pas eu de jours où dire que c’était moche. Les Espagnols, j’ai dit déjà, ont toujours été souriants, avenants, prévenants, agréables et attentionnés. Aucun problème sur les bivouacs.

 

Je pense que je reviendrai pédaler dans ce pays. L’intérieur du pays basque, des Asturies, le Nord de Madrid, Castille et Léon, Galice, tant de petites routes montagneuses et de rando à faire ! 

 

Même si la météo a été particulièrement capricieuse ce printemps, froide et arrosée, ce fût au final plutôt agréable, mieux quoi qu’il en soit que ce que j’aurais eu à rester dans le Jura ! 

 

Que dire de plus ? Je rentre bien rétamée par les dénivelées et la chaleur et quelques jours de repos avant de reprendre le boulot vont me faire du bien !

Plein de nouvelles images dans la rubrique photos. Et dans quelques jours je mettrai la trace précise de mon tour en Espagne.

Hasta luego, y viva España !

 

 

Détails
Publication : 26 mai 2026

De Ronda à Carrascosa del campo


 

Alors alors… Ah oui, Ronda. Nous en étions à Ronda. Au moment de partir de l’hôtel, je ne sais pourquoi, me prend l’idée de contrôler l’usure de ma chaîne, et oh oh oh, elle n’est pas usée, elle est carrément morte ! Mierda ! Bon, il est vrai qu’elle a déjà fait 3300 km au Maroc, donc même nettoyée, bichonnée, ça lui fait déjà plus de 5300 km. Il y a un Decathlon ici, j’attends 10 heures pour l’ouverture, pfff, ils n’ont pas de chaîne, m’envoient chez un vélociste qui a ce qu’il faut. J’achète. Il faut dire que cela fait 3 jours qu’il y a un léger crépitement par moment quelque part dans mon vélo, que je ne parviens pas à identifier. 

Bref, de ce fait, je quitte Ronda à 10 h 30. Ma première destination est le village de Setenil de las Bodegas, un village blanc avec l’église et la tour défensive tout en haut. Là aussi le village est coupé par une gorge. C’est joli.. et blindé de bus touristiques, c’est visiblement sur les circuits. Je vais ensuite à Olvera, également village blanc (en fait ils le sont tous !!). J’ai bien eu du mal à y parvenir d’ailleurs. À partir du village d’avant, route coupée, il faut passer par un chemin ou attendre le créneau horaire pour passer, dans 3 heures… J’ai fait trois fois le tour du patelin et demandé à tous les habitants pour trouver le départ de cette piste poussiéreuse, pas évidente. J’ai poussé en marchant, j’ai sué, mais je suis arrivée à Olvera avec une envie de visiter en détails déjà bien entamée. Village adossé à la colline avec à son sommet, la grande église et la tour défensive… Les dénivelées devaient se calmer, demain sûrement mais en tout cas pas aujourd'hui encore ! Pruna, Algamitas où j’arrive par une route fermée encore pour travaux mais clairement je n’ai rien vu ! Et puis je roule, Pedrera. À Gilena je fais les pleins d’eau en prévision du bivouac. Précision : faire les pleins d’eau, ça veut dire remplir à fond les 2 bidons, et remplir la poche de 4 litres. Autrement dit je rajoute environ 4,5 kilos. À partir de là, il faut que le lieu de bivouac soit le moins loin possible. Sauf que là, pour avoir de quoi me cacher dans un bout de forêt, il faut que j’aille à un col. Ça vaut le coup, je serai tranquille et dans un décor qui me sied, mais quelle journée encore ! 

 

Le lendemain après une nuit bien abritée des bourrasques. Le ciel est moche et la météo annoncée très instable pour la journée. Une première averse passe pendant que je fais les courses alimentaires à Estepa, coup de bol ! Casariche, un peu plus loin, ici se concentrent toutes les usines de polyester du pays, beurk, je passe en apnée, c’est insoutenable. Pour l’instant le ciel ne me tombe pas sur le dos, j’arrive à Lucena où je fais déjà les pleins car vraiment ça menace, et puis je prends une voie verte pour 25 km alors il se pourrait que je me pose pour la nuit avant d’en sortir. En effet, avant Dona Mencia, une plantation d’oliviers avec accès possible et discrétion me font mettre le clignotant. Je disparais subitement de la voie verte, plonge dans le talus et hop, ni vue ni connue, vais m’installer. Le temps de planter la tente et la pluie arrive. Ouf, je suis à l’abri, mes affaires aussi. J’avais prévu une boîte de conserve de petits pois à manger au cas où je ne puisse cuisiner dehors avec mon réchaud, eh ben voilà. Pas inutile des fois, un peu de prévoyance. La nuit fut calme.

 

Le jour suivant, en ouvrant la toile à 7 h 30, bouh, ciel noir. 5 minutes plus tard il pleut, et pas qu’un peu. Alors je me recouche, je lis. Quelle belle invention que la liseuse, qui permet de lire 18 livres à la fois et pas que, pendant des jours sans avoir à recharger, de télécharger des milliers de livres, documents, pdf et autres, pour 180 grammes et un format A5. Des averses lourdes, serrées, limite violentes se sont succédées toute la journée. La météo n’annonçait clairement pas ça. Heureusement j’avais assez d’eau et de nourriture pour passer en tout 30 heures sous ma tente 1 place. Qu’est ce qu'on fait dans ces cas là, sans réseau ? Eh ben on lit et on écrit, on mange un peu pas trop, on boit un peu pas trop. Et on attend. Et on surveille d'éventuelles infiltrations. Je suis bien abritée des bourrasques mais une fois la pluie terminée, il pleut encore 2 heures sous les arbres ! Je peux quasi tout faire sous ma tente sauf utiliser le réchaud et… me vider les intestins. Il faut viser les accalmies et encore, elles sont parfois si courtes que je termine avec une salve de flotte sur les épaules. Les averses durent parfois 2 heures quand même et ça ne fait pas semblant ! C’est le premier jour du voyage où je ne monte pas du tout en selle, et c’est mon derrière qui est reconnaissant ! Dans ces cas là, je me dis toujours qu’il est fou comme ce petit paquet d’un kilo m’est précieux, je parle de ma tente. Elle me protège de tant de choses et me permet de passer de l’enfer au luxe, si tant est que le luxe soit un état où le désagréable et l’inconfort disparaissent. 

 

Lundi 11 mai, sainte Estelle, dès que j’ai du réseau j’envoie un message. La nuit a été sèche, ma tente l’est aussi. À Baena, arrêt supermarché. Ils deviennent aussi systématiquement des arrêts recharge téléphone, c’est franchement désagréable de ne plus être autonome. Ensuite, je suis remontée sur mon bateau pour voguer sur la mer d’oliviers, à perte de vue, dans les creux et sur les collines. Des milliers d’hectares. Ça monte et ça descend, mais les oliviers s’en moquent, ils sont partout, partout, partout. La circulation est faible, je traverse quelques patelins, puis Andujar. Tous les terrains cultivés sont grillagés et aux entrées, de monumentaux portails interdisent l’entrée, ou des barrières métalliques cadenassées. Passée Andujar, j’espère que ça va changer, autant en terme de végétation que d’accès à la nature. Un premier col, les pleins d’eau au resto en haut et puis la quête d’un endroit pour la nuit. Je suis dans un parc naturel, avec présence de lynxs ibériques. Je pense que j’ai poussé ce soir là le seul portail non cadenassé sur plus de 80 km de petite route. C’est sauvage, la route est minuscule mais le parc est comme sous cloche, inaccessible. Cette journée fut belle encore, et j’ai quitté les monts et la plaine des oliviers. 

 

Dans la nuit du 11 au 12, sont passés des biches de cerfs, des chevreuils et des gorets sauvages que j’ai dû chasser. Le 12 au matin, ciel mitigé encore. La petite route est devenu un infâme tape-cul , totalement défoncée, vivement que je change de région car je le sais, les petites routes sont nickelles en Castilla-la Mancha, dans 25 km. À cause de Don Quichotte. Sans dec, il faut aller doucement que ça monte ou que ça descende. Pour ça, l'Andalousie peut mieux faire. Dès que j’ai rattrapé le bon macadam, les averses se sont succédées, par trois fois j’ai déballé la tente pour la faire sécher et ai remballé aussi sec, enfin non, pas sèche. Je passe des cols, j’avance comme je peux. Et je galère ce soir là encore pour trouver un chemin où je peux passer le portail. Mais au bout du chemin, sur une crête à 1023 m d’altitude, je tombe comme par miracle sur un vieux camion ouvert, plancher bois, où j’installe ma tente. Vue panoramique à 360 degrés. Averses lourdes et éclaircies défilent, cerfs, chevreuils et gorets me rendent visite. Il y a un autre animal aussi, que je vois depuis un moment en quantité incroyable, partout : le lapin ! Par dizaines, ils détalent et rejoignent leur terrier à mon approche, beaucoup de petits tout mignons ! Et je suis contente d’être à l’abri de l’eau et du vent. 

 

Le 13 mai. J’ai passé des bons reliefs hier, aujourd'hui devrait être plus facile, ça fait 5 jours que je dis ça mais mes journées  cumulent toujours autour de 1500 de d+, jusqu'à 2200 m hier. Premier arrêt après seulement 3 km, une fontaine nickelle au bord de la route pour laver t-shirt, short et chaussettes. Puis route défoncée encore, moins pire que la veille. Puis enfin j’arrive dans la plaine à 700 m d’altitude. J’ai du temps ce jour là, ne pourrai avancer que de 75 km, aller jusqu’à la dernière petite forêt pour dormir avant les champs de panneaux photovoltaïques. J’en ai profité pour enfin changer ma chaîne de vélo, faire le plein d’essence pour mon réchaud, faire une recharge complète de mon tél au supermarché. Ce bivouac là n’est pas l'extase, la route passante n’est pas très loin. Devant moi, à travers les branches, du plat… et j’espère que le vent me poussera le lendemain. Des gens passent sur le sentier à 50 mètres de moi sans me voir, cette tente se noie parfaitement dans le décor, alors autant dire qu'après ma douche, quand j’enfile chemise et pantalon kaki, seuls mes cheveux gris peuvent me faire repérer. Les 80 km du jour ont glissé, ça fait du bien ! 

 

14 mai. 120 km, vent aidant, me permettent d’atteindre la forêt suivante. Les panneaux photovoltaïques se sont finalement faits discrets entre les vignes, les blés et autres céréales, les coquelicots omniprésents. Du plat, du plat qui a fait du bien à mes jambes. Arrivée enfin à la forêt convoitée, je passe la chaîne qui barre le chemin et m’installe sur la colline sous les pins retrouvés avec bonheur. Soleil couchant, soleil devant demain… la route loin, pas de bruit, peu de chance d’être dérangée. Il fait cependant frisquet toujours, j’ai pédalé avec la petite veste même si le soleil était bien présent et que j’avais majoritairement le vent en poupe. 

 

15 mai, aujourd'hui. Je le sais en me levant même si le ciel est bleu. Vent fort du nord annoncé ( +;de 30 km/h), et je vais au nord, température au levé : 6 degrés. Ça caille. Le ciel bleu sera de courte durée, les nuages sont déjà là quand j'enfourche le vélo vert et les averses annoncées vont encore m’obliger à jongler. Après 34 km d’effort soutenu contre ce satané vent, je mets le clignotant à droite, demande s’il y a un hostel dans ce village et 5 minutes plus tard, m’installe dans une chambre single qui me paraît d’un luxe inouï. Carrascosa del campo, jour férié juste pour le patelin, c'est la fête du saint patron, Isidore, enfin... d'après ce que j'ai cru comprendre. La douche chaude est la bienvenue, le wifi aussi, la prise électrique itou. Les averses et les bourrasques passent sans que je ne les subissent. J’en profite pour, avec beaucoup de courage, m’atteler à ma déclaration d'impôts, ce qui est toujours un grand bonheur à faire quand on est travailleur indépendant et qu’on ne dispose que d’un téléphone pour remplir les cases. Tout est bien évidemment préparé au max avant de partir de chez moi, avec quels chiffres mettre dans quelles cases, mais ça reste toujours un défi. Aujourd'hui, tout a fonctionné à peu près correctement, je n’ai pas trop galéré et c’est un grand soulagement d’avoir pu me débarrasser de cette tâche désagréable. 

 

Je suis géographiquement quasi à la latitude de Madrid, j’ai donc bien avancé, mes jambes me le font bien sentir et cette demie journée de repos me fera, j’espère, le plus grand bien. Tous les modèles météo indiquent maintenant du beau temps pour les jours qui viennent et une hausse considérable des températures à partir de lundi. Mais demain matin, 4 degrés à 8 heures, et toujours du vent du nord, plus faible ! Il ne faudrait pas que je rentre de deux mois d’Espagne blanche comme un cul, je ne serais pas crédible ! Et je ne regrette pas les 40 euros de la piaule, où la proprio m’a mis en route le chauffage ( oui oui, quand même), quand je vois passer par la fenêtre les coups de vent accompagnés de pluie entre les éclaircies. 

 

L’itinéraire des jours à venir est simple. J’ai abandonné l’idée du crochet par le désert des Bardenas vers Tudela et vais donc remonter en diagonale vers Perpignan histoire de boucler la boucle. Je passerai donc entre Zaragoza et Lleida, puis il faudra couper les Pyrénées. Entre 750 et 820 km suivant mes jambes, la météo et la motivation. Et ce sera loin d'être plat ! Dix à douze jours si le ciel et Eole sont conciliants. 

 Comme d'habitude, de nouvelles images dans la rubrique "photos"

Hasta pronto ! Portez vous bien !

 

Détails
Publication : 15 mai 2026

De Cuenca à Ronda


 

De Cuenca nous avons tiré plein sud, pas tout à fait par les routes les plus faciles, fidèle à mes habitudes, nous avons cherché les petites routes blanches sur la carte, celles qui sillonnent et tournicotent dans les montagnes, remontant des cours d’eau secrets, passant par des forêts enchantées, des cols qui offrent des vues panoramiques sur tous les environs, celles où les supermarchés sont encore plus rares que les villages. Ce n'est pas une diagonale certes, mais c’est bel et bien un itinéraire du vide. Enfin… du vide d’humains, parce qu’on y voit écureuils, renards, bouquetins, chevreuils. Quatre gros gorets sauvages sont passés à 2 mètres de ma tente alors qu’il ne faisait même pas encore sombre. 

 

Pour une longue journée ensuite, nous n’avons eu que lignes droites. Le soir, en traçant au stylo sur ma carte papier l’étape du jour, j’ai eu l’impression qu’on avait traversé la moitié du pays d’un seul coup. C’était des céréales ondulant dans la brise, des coquelicots, des vignes, des vergers. Et des gros entrepôts de négociants d’engrais et autres produits nocifs… 

 

Le jour d’après, Deena part 15 minutes avant moi pour “ prendre de l’avance” mais une fois sortie du bois où nous étions planquées, elle est partie dans le mauvais sens, ne s’en rendant compte que quelques dizaines de kilomètres plus loin. Ce jour là, nous pûmes cependant nous retrouver le soir à la confluence de nos routes, l’une par les montagnes, l’autre par de plus grands axes. Mais le jour suivant encore, après un départ ensemble et un arrêt épicerie au premier village, Deena, repartie une minute devant moi, manque la bifurcation à gauche et file dans un décor qui ne sera pas le mien. Le tendon d’Achille et les orages annoncés font le reste, peu de chances que nous nous retrouvions, ma coéquipière faisant le choix de s'héberger seulement 15 km plus loin. De mon côté, ce seront encore des parcs et des réserves, des forêts de pins dont j’avoue ne pas me lasser, des torrents, des routes sinueuses. À 14 heures, au fond d’un trou, je fais le choix de poursuivre avec mes pleins d’eau. La montée est très rude, la route fermée pour une raison inconnue. Je tente, n’ayant pas vraiment d’alternatives. Plus haut, les 2 employés de la voirie m’aident à passer, mon chargement et moi, les 30 mètres de béton frais sur 20 cm d’épaisseur et toute la largeur de la route, qu'ils viennent d’étaler, tout à la règle et la taloche. C’est pas le moment d’y mettre les pieds et les roues. Passage dans le talus comme on a pu, nous n’étions pas trop de 3. Les nuages arrivent, s’assombrissent, rugissent, puis s’épanchent, comme percés par un glaive. Impossible de m’arrêter, le côteau est un à-pic, la route serpente. Parvenue en haut à 1600 m, je dégote un coin bien correct et m’y installe pour la nuit. Les averses se succèdent, pas violentes, et sans vent. Tout ne va pas si mal. Je fais sécher mes fringues mouillées sur moi dans la soirée. 

 

Le 29 avril, je replie la tente mouillée, passe des reliefs qui me font remonter jusqu’à 1765 m d’où je vois des névés sur les versants environnants. Oui oui, des restes de neige, et pas qu’un, fin avril, à cette altitude aussi faible que la latitude ! Alors que les massifs se chargent déjà de nuages annonciateurs d’orages, je plonge jusqu’à Huescar où je me loge pour la somme modique de 35 euros dans un hostel qui offre l’utilisation d’une cuisine, une machine à laver et séchoir, une terrasse, un petit-déjeuner inclus, une chambre spacieuse et lumineuse avec balcon… J’en profite pour faire le tour de mes affaires, laver, coudre, tout remettre en ordre pour la suite du voyage. Je trouve le temps d’aller faire un tour dans la bourgade. Je suis en Andalousie, et donc les villages ont une “Plaza de toro”, l’arène où ont lieu les corridas…

 

De Huescar je suis repartie dans une brume humide qui ne donne pas envie de faire du vélo. Le soleil perce enfin alors que je passe à Baza. Après un point bas à 750 m au pied de Seron, je sais que les difficultés vont commencer. Seron est un village typique, blanc, bâti sur la longueur d’un éperon rocheux. J’y fais mes pleins d'eau déjà en prévision du bivouac et attaque la pente par la route de montagne pour être plus tranquille. J’ai eu jusqu’à 18%, autant dire que j’ai aussi fait de la randonnée ! Posée le soir sous une pinède, j’entends l’orage mais il ne viendra pas sur moi.

 

En poursuivant le lendemain, donc 1er mai, je passe vers des anciennes mines, Las Menas. Anciens baraquements, anciennes installations,quelques explications. Et un point d’eau, où je remplis car vu la couleur du ciel, je ne sais pas si je ferai 5 ou 50 km. Col del Ramal à 1700 m, collado de las Cabanas à 1820 m, crevaison et réparation sur le bord de la route (ça fait 3 semaines que je donne 150 coups de pompe tous les matins avant de partir, ça devient bien finir par arriver), collado de Condé à 1865 m, puis col de Venta Luisa à 1970 m dans un brouillard humide et froid. Plongée sur Gergal et bivouac juste après pour être tout près du désert de Tabernas pour le visiter demain. J’ai à peine terminé de monter ma tente que la première averse se pointe. Chance ! Et alors que je glisse un sac en tissu sur mon matelas, je me retrouve subitement 5 cm plus bas avec une entaille de 10 cm de long dans mon matelas. Heureusement j’ai le nécessaire, j’ai bien suivi la notice et cela fait 7 jours que ça tient sans souci ! C’était le jour des trous et des réparations. Colles et rustines en tous genres.

 

Le 2 mai, ciel nuageux encore et ça m’enquiquine bien car aujourd'hui c’est rando dans le désert de Tabernas. Demain sera idem, rien ne sert donc d’attendre un jour. J’avais préparé avec soin mon parcours du matin, à vélo, et celui de l’après-midi, à pied. J’ai fait ce qui était prévu, même si pour ce faire, j’ai dû escalader des portails métalliques barrant l’accès à des sites naturels, cadenassés. Les agences doivent avoir les clés, il y avait des traces de bagnoles. Rooohhh ! Bon, je comprends bien pourquoi à cet endroit sont tournés les westerns. Des défilés rocheux, des oasis minuscules, des canyons, des plateaux désertiques, des ravins… Je n’ai pas visité Fort Bravo, village reconstitué, mais l’ai vu de loin, ce qui m’a amplement suffi. La zone est relativement vaste et je n’ai croisé absolument personne ! Ce soir là, trouver un lieu de bivouac fut moins confortable, je me retrouve dans une gorge asséchée et sous une route dont je ne suis pas vue. À 22 h 36, une bagnole s’est arrêtée en haut, quelqu’un a balancé des sacs d’ordures et est reparti, ni vu ni connu… Non, ça ne m’est pas tombé dessus et il y avait large ! Moi qui fais gaffe à ramasser tout y compris mon pq… 

 

3 mai, ciel toujours gris, presque menaçant, dommage, ce serait beau. Un relief de dingue toujours, souvent, j’ai déjà 1000 de d+ dans les cannes avant les 50 km. Le petit village de Fondon, avec sa belle ambiance, me met du baume au cœur, puis le soleil fait son apparition alors que je longe le lac artificiel de Benimar avant de grimper jusqu’au soir pour un bivouac sous les pins. En face, de l’autre côté de la gorge, il y a le village de Murtas et c’est la fête. Fanfare, pétards et feux d’artifices en plein jour ! Mais surtout, derrière Murtas, peu à peu, les nuages se dissipent pour laisser voir la montagne enneigée. Depuis mon bivouac, je vois le point culminant de la Sierra Nevada, le Pico Mulhacen, à 3400 m et des brouettes. Et plus les nuages s’en vont, plus je vois les montagnes et je suis consternée par le fait qu’il y reste autant de neige ! 

 

Le lendemain, le soleil est clairement revenu et ça tombe bien, mon itinéraire est en crête avec à gauche la mer 1400 m plus bas, et à droite la Sierra Nevada. Je suis sur la Sierra Contraviesa, good choice ! Trop contente dans le choix de ma trace. Côté mer, de la brume mais aussi des serres sous lesquelles poussent à grands renforts d’engrais Monsanto des tomates insipides qui seront vendues à moins de 2 euros le kilo dans nos supermarchés. Je préfère regarder à droite. A la mi-journée, je débarque à Orgiva, et vu la faune qui peuple le patelin, il porte bien son nom, impressionnant ! Je dois décider si Grenada ou pas et ce sera non, pas envie d’aller dans cette grande ville. Après des bonnes côtes encore, je fais, ce soir là, grincer sévèrement le verrou du portail que j’ouvre pour aller bivouaquer dans les mandariniers et oliviers. Euh oui, il y a des endroits où trouver un coin de forêt est tout bonnement impossible ! 

 

J’attends jour après jour de la grosse chaleur et de l’aridité dans le paysage mais il fait frais et le décor donne dans les verts, et du vert vif ! Encore une grosse journée de bosses, dont certaines parties en piste. Enfin….seulement 10 km pour 500 m de d+... Mais qu’est ce que les paysages sont beaux ! Des vallées cultivées de fruitiers ou oliviers, des céréales aussi qui ondulent dans le vent (de face bien sûr), et puis des montagnes rocheuses, des gorges, des lacs et des coquelicots, et des fleurs de toutes sortes dans les talus. Tout est beau, ça flatte la rétine ! Je passe à Alhama de Granada, village blanc, superbe. Après Zafarraya, je dégote un joli coin pour passer la nuit. Il faut préciser que je mets des repères sur ma carto pour les endroits éventuels de bivouac, qui ne sont pas si nombreux. Pour ça je me sers de la carto 1:25000 pour voir si c’est plat et de Google maps en vue satellite pour voir la végétation. Tout un boulot ! Encore une journée à plus de 1500 de d+, c’est le cas tous les jours en ce moment. 

 

Nous voici au 6 mai, encore des villages agréables dans lesquels je me ravitaille, puis je traverse 2 autoroutes, fais 10 km de mauvais chemin avant d’atteindre Antequera par le haut. J’y pose mon vélo au premier troquet, leur confie mes batteries à recharger et pars visiter le bled. Deux heures plus tard je remonte, leur commande une salade et un dessert, récupère mon électronique, passe aux toilettes faire le plein d’eau et de pq, et mets les voiles direction la vallée de Abdalajis histoire de continuer à en prendre plein les yeux, et les guibolles. 

 

Et nous arrivons à aujourd'hui et c’est un grand jour. Nous sommes le 7 mai. Je pars avec le soleil le long de magnifiques lacs artificiels, passe sur trois barrages successifs en moins de 2 kilomètres, arrive à un premier village blanc, Ardales, puis une montagne, puis un second village, El Burgo. Il me faut ensuite monter à 980 m, redescendre un peu, remonter à 1100 m pour basculer vers Ronda. Je m’y pose, j’y loue une chambre pour la nuit, grand jour ! Je vais à la laverie remettre en état toute ma garde robe, grand jour ! Je visite la cité qui a la particularité d’être littéralement coupée en deux par une gorge très profonde qu'un pont enjambe pour accéder au vieux centre historique. Ronda, c’est à voir. La nature alentour est superbe, aux portes du parc national de las nieves. Et grand jour, à partir d’ici, je commence à remonter, j’irai demain un chouille plus à l’ouest, mais surtout nord… avant de tirer une ligne quasi droite entre Olvera et Tudela. Et tant pis pour Arcos De la Frontera. Et j’espère que le vent restera le même pour enfin en profiter ! 

 

Avant de partir, j’avais préparé un itinéraire montagneux par crainte d’avoir trop chaud à basse altitude. Le moins que je puisse dire est que je n’aurai pas souffert de la chaleur jusqu’à présent… Et je suis à la fois surprise et comblée de ces paysages d’une diversité riche et colorée et de tout ce vert, dans une contrée que j’imaginais chaude, brûlée par le soleil, aride. Je ne suis toujours pas embêtée par la circulation, les Espagnols étant définitivement courtois et patients au volant avec les cyclos. D’ailleurs je n’ai croisé que 2 véritables cyclos depuis le début du voyage il y a un mois (sans compter Deena). 

 

Je vais encore avoir du relief, certes, la Terre n’est pas plate, mais ça devrait tout de même se calmer, et ce sera bienvenu car je n’ai plus 20 ans !

 

À bientôt !

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Publication : 8 mai 2026

 

De Teruel à Cuenca, les “montanas vacias”


 

Requinquées par une quasi journée de “repos” à Teruel, nous repartons avec l’idée d’aller explorer un peu ce qui semble être la Mecque des cyclistes dans le secteur. En effet, un tas d’agences vendent des tours de 4 à 7 jours à vélo, gravel ou route, dans ces fameuses montanas vacias, au cœur desquelles le Tage et le Cuervo prennent leurs sources. Nous nous attendons à une région très sauvage… Nous n’avons pas été déçues. Pinèdes magnifiques dans des montagnes de roches rouges, routes panoramiques absolument désertes au milieu de parcs ou réserves. Le premier jour, nous arrivons à Albarracin pour le pique-nique, village à ne pas manquer. Les vélos nous attendaient accrochés à une barrière tandis que nous arpentions les ruelles et escaliers du village perché sur un éperon rocheux. Le bivouac suivant, le long d’une route en travaux sur 15 km ( nous n'apprendrons que plus tard qu’elle était fermée à la circulation), fut encore très calme, seuls les oiseaux nous cassent les oreilles ! 😛

 

Les magasins sont très rares sur notre chemin, et encore souvent fermés l’après-midi, il faut donc nous montrer prévoyantes. Nous avons parfois poussé les vélos dans des pentes beaucoup trop raides, mais quel bonheur que ces petites routes où nous croisons parfois moins de dix véhicules par jour ! Quand nous passons sur les hauteurs aux alentours des 1500 m, la vue porte loin sur des vagues de forêts, des plans successifs qui ne laissent voir que du vert. Tout cela nous flatte sévère la rétine. Les dénivelées journalières sont toujours aussi importantes mais nous avançons bien. Et toujours des bivouacs dans les bois, au milieu des arbres, des pins en général, et quelques piquants, du houx, des genêts, du buis. Les odeurs nous ravissent.

 

Nous avons remonté aussi de magnifiques rivières, comme le rio Escabas, dont la limpidité de l’eau nous a laissé rêveuses. Puis de nouveau vers 1400-1500 m, ces paysages de prairies rases parsemées de pins. Pas de maison ni rien sur 38 km. Villalba de la Sierra, bourgade au milieu de rien, il fallait arriver avant 14 h pour trouver l’épicerie ouverte, j’ai mis la gomme. Nous admirons ensuite à Una les cascades sur le travertin et le lac entouré de roselières et surtout de falaises magnifiques. Toute la vallée en est bordée. Ce bivouac là sera particulièrement beau.

 

Le lendemain malheureusement, Deena a mal à un tendon d’Achille et décide de prendre un raccourci, quelle bonne idée car ce sera ma plus grosse journée depuis le départ, avec une fois de plus des rampes innommables, moins de dix véhicules dans la journée, et trois patelins qui semblent désertés. 15 km avant la ville de Cuenca, éreintée, je retrouve ma coéquipière au point convenu, et nous installons nos tentes juste plus loin, dans le premier bois avenant.

 

Nous sommes parvenues à Cuenca par la route panoramique et avons traversé le centre historique tout en pente avant de trouver une chambre au centre ville. Puis je suis allée visiter cette ville historique magnifique, bâtie sur des falaises au pied desquelles, de chaque côté, coule une rivière. La place fut d’abord construite par les Musulmans même si tous les bâtiments “religieux” sont aujourd'hui chrétiens. J’ai été impressionnée par le nombre de couvents qu’il y a là au milieu. Et comme d’habitude, après petite lessive, courses alimentaires et douche, nous serons prêtes à repartir vers le sud, direction la Sierra Nevada, toujours par les hauteurs. 

 

Jusque là la météo n’est pas loin d’être parfaite, il fait frais la nuit, pas trop chaud la journée, c’est très ensoleillé, et pas humide… Que pourrait-on demander de plus ? Un peu moins de vent de face peut-être… 

 

Du côté des bobos, à part le tendon d’Achille de Deena, j’ai le derrière irrité par la selle, au point d’y étaler de la crème pour les irritations des bébés… en espérant que ça va s’arranger ! 

 

En plus de deux semaines de vélo sur les routes ibériques, pas un seul véhicule ne m’a serrée, c’est remarquable, et tellement agréable ! Pourvu que ça dure ! Et comme d'habitude, les images sont nombreuses dans la section "photos".

 

 

Hasta luego !

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Publication : 24 avril 2026

Au sud des Pyrénées 


 

Salut, 

 

On the road again donc !

Jas et Paco m’ont déposée à la gare de Bellegarde en Valserine avec mon vélo vert le 8 avril. Direction Perpignan, en train donc. Pas une minute de retard sur aucun des tronçons. Bellegarde-Lyon-Avignon-Perpignan. Qui a dit que la SNCF ne fonctionnait pas bien ? Échantillon représentatif de la population française dans les trains au fil des gares et des régions ? Perpignan, je débarque enfin et file à l’auberge de jeunesse où j’ai réservé un lit. La soirée est agréable, la nuit bonne, et à 9 heures le lendemain, donc le 9, j’enfourche la bécane et exécute mes premiers tours de pédale. Zéro kilomètre dans les jambes…

 

Les premiers km sont plats, jusqu’à Argelès-sur-Mer par les petites routes, puis je prends la tangente par la montagne pour aller voir d’en haut comme c’est beau. Les balcons de Madeloc. Col de Mollo, ah oui, mollo mollo, j’ai beaucoup marché en poussant ma monture, col des Gascons, puis un chemin en cailloux pour rejoindre le col de Banyuls. Je me suis arrêtée juste avant car le nombre de carrosseries des bagnoles qui brillaient au soleil m’a fait peur. J’étais bien, cachée dans les bois, vue sur la mer, mais dans la nuit le vent a tourné et est devenu tempétueux, l’arceau de ma tente n’a fait qu’un pli, pété. Et allez, première nuit de bivouac, tente en vrac, j’adore… Le lendemain, en Espagne donc, j’ai trouvé un atelier dans une usine et ai pu réparer l’avarie. Et puis ces premiers jours il a fait très, trop chaud, j’ai sué comme une vache sous le soleil ardent.

 

Et puis dimanche, j’ai oublié ma cuillère,la préférée de mon tiroir, me suis retrouvée à manger des choses moitié liquides avec mon seul Opinel sous ma tente et sous la flotte par une température frisant le zéro. Bah, je n’étais pas si mal quand même. Dès le lendemain matin, avisant la caserne des pompiers ouverte dans un minuscule village, j’ai pû réparer cet oubli, ils sont allés me chercher une petite cuillère à la salle paroissiale. Grand merci à eux ! Il y a bien un proverbe allemand qui dit “ Mieux vaut pas de cuillère que pas de soupe” mais bon, sans cuillère, c’est pas confort. Puis le beau temps est revenu, j’ai enchaîné les cols, les petites bourgades également, Vic, Manresa, Igualada.

 

Les villages de la vieille Espagne, architecture défensive en pierres, juchés sur des éperons, sont tous jolis à voir. Je les relie par des routes qui ne figurent même pas sur ma carte d’Espagne au 1/1 000 000 ( 1 cm =10 km), vive les applis ! Je ne vois pas bien des autos et débusquer des endroits pour reposer mon corps chaque soir est aisé dans ces contrées quasi désertes. Je suis venue comme ça, jour après jour, jusqu'à Mora la Nova où j’étais le 15 à 10 h. C’est que j’ai rencard avec une Canadienne, Deena, avec laquelle je vais tenter de passer quelques semaines. Nous nous retrouvons devant le Spar et prenons la route. Elle n’a pas plus d’entraînement que moi, bien que je commence à avoir moins mal aux guibolles et aux fesses. Le terrain s’est montré encore plus montagneux, avec parfois des routes perchées au dessus de précipices impressionnants, avec des églises tout au fond, pas un village en vue, des vagues de forêts , de plans en arrières plans, et des canyons mignons tout plein que Deena a trouvé très “cute”. On en a laissé de la sueur sur le bitume, on en a descendu des litres de flotte, on a vu plein de villages fortifiés, on a croisé des épiceries grandes comme ma chambre qui ferment à midi pour ne rouvrir qu’à 17 heures, on a trouvé des fontaines pour remplir nos bidons, des forêts pour abriter nos nuits et nous garantir une tranquillité indispensable (Deena a une tente jaune, ça ne simplifie pas les choses). On a fait des étapes pas démentes en distance mais accumulé des dénivelées déraisonnables qui nous ont mis les jambes en vrac. Toutes les nuits sous tente, calmes, sauf la dernière où nous avons eu droit à un sons et lumières bien assez long et fort arrosé. Nous étions dans la pinède, le sol absorbait.

 

Et nous voici rendues en ce dimanche 19 avril, à Teruel, la ville des tours, où nous profitons d’un bon lit, d’une bonne douche, de prises de courant, avant d’aller explorer les “Montanas Vacias”, le parc naturel des sources du Tage… La bourgade de Teruel offre un centre ville touristique très intéressant, avec multitudes de tours d’inspirations artistiques variées. En effet, ici, cohabitaient en bonne entente des Musulmans, des Juifs et des Chrétiens et toutes ces communautés , avec leurs savoir-faires respectifs, ont laissé leur empreinte dans l’architecture. Et puis on trouve aussi quelques bâtiments modernes comme à Barcelone, tout en courbes. Teruel est une jolie halte, surtout quand l’aprem est encore orageux.

 

Pour la suite, ce sont encore des grosses bosses en perspective. Sinon, les paysages en ce printemps sont verts et fleuris, le colza est jaune encore cette année, les automobilistes espagnols sont particulièrement civilisés sur la route avec nous autres cyclistes très lents et parfois guidonnant, les Pyrénées encore très enneigées très bas en altitude ( mais je ne les vois plus d’où nous sommes). Voilà, 10 jours déjà, 10 bivouacs d'affilée, tous dans de bonnes conditions, au calme. Et ma foi la mer n’est pas très loin à vol d’oiseau, mais nous ne sommes pas des oiseaux… 

 

Tchuss !

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Publication : 19 avril 2026
  1. Départ imminent

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